RENÉ GUÉNON – Témoin de la Tradition

LE VACARME DU MONDE MODERNE

Il est des voix qui ne s’éteignent jamais. Celle de René Guénon, discrète mais tranchante, continue de résonner dans les esprits en quête de sens. Dans un monde saturé d’informations, de vitesse et de fragmentation, ses mots offrent une lucidité rare, presque dérangeante. Car Guénon ne parle pas au monde moderne : il le juge, le dissèque, et parfois le condamne.

Dès les premières lignes de La Crise du monde moderne, Guénon annonce la couleur : « Le monde moderne est arrivé à un point où il ne peut plus se maintenir que par l’agitation. » Cette agitation, il la relie à une perte de centre, à une déviation de l’intelligence vers la quantité, le mesurable, le technique. Il écrit : « Ce qui caractérise essentiellement le monde moderne, c’est la substitution du point de vue quantitatif au point de vue qualitatif. »

Dans cette inversion des valeurs, le sacré devient folklore, la sagesse devient opinion, et l’homme devient un individu. Non plus un être relié à l’univers, mais un fragment, un atome, un consommateur.

L'individu contre l'être

Guénon ne s’en prend pas à la science, ni à la technique en tant que telles. Ce qu’il dénonce, c’est leur absolutisation. Il observe que « l’individu contemporain ne veut plus apprendre, ne veut plus souffrir, ne veut plus subir ». Il veut jouir, posséder, et surtout ne pas être dérangé dans sa bulle. Mais cette bulle est une prison. Car l’individu, coupé de la Tradition, perd le sens de l’être.

La Tradition, chez Guénon, n’est pas une nostalgie. C’est une transmission verticale, une mémoire vivante qui relie l’homme au Principe. Elle est « immémoriale et universelle », et ne se confond ni avec les coutumes ni avec les dogmes. Elle est ce qui permet à l’homme de se connaître en profondeur, au-delà des masques sociaux.

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